Entretien avec un geek : Yann Rieder, co-fondateur de Radio Kawa

Aujourd’hui, un nouvel épisode de nos entretiens avec des geeks. Et c’est Yann Rieder, co-fondateur de Radio Kawa, qui nous fais l’amitié de se plier à cet exercice.

1/ Bonjour Yann ! Pour ceux qui ne te connaissent pas, pourrais-tu te présenter ?

Hello ! Je suis un jeune suisse résidant autour de Genève, j’y termine des études en sciences politique (mes travaux de recherchent s’axent généralement autour de la politique comparée), je suis également journaliste chargé de la couverture politique pour un mensuel régional.

Sur internet, on peut me connaitre par trois casquettes : je suis co-fondateur et directeur général de RadioKawa, co-fondateur du Cross Dreams Festival, et producteur-animateur de Presse au Kult, un podcast publié sur Gamekult Premium.

logo de radio kawa

2/ D’où te vient ta passion pour les jeux vidéo ?

J’ai essayé, j’ai aimé, je m’y suis investi. Ça a commencé relativement tôt dans mon enfance : je croisais des jeux sans avoir de consoles ou de PC chez moi : à des anniversaires, des goûters, dans certains lieux publics. Puis, j’ai découvert le rayon « jeux vidéo » de la ludothèque locale dans le début des années 2000, sauf erreur (j’avais moins de 10 ans à l’époque). À moi les parties de Cool Spot sur la menue Game Boy Pocket et l’exploration du château de Peach sur la géante Nintendo 64.

Une belle époque, ternie par une règle perverse : ludothèque oblige, le prêt n’était pas bien long. Ça poussait à une forme de speedrun, à mon niveau.

Cool Spot est l'un des premiers jeux de Yann Rieder
Cool Spot est un jeu absolument culte !

3/ Quel est ton jeu préféré ?

« Préféré » et pas « meilleur », c’est noté. La distinction est importante.

Il n’y a, à mon avis, pas de bonne réponse, et par voie de conséquence, je vais citer une farandole de titres qui ont, à l’instant T où je réponds à cette question, un goût de reviens-y : Team Fortress 2, Super Mario Odyssey, The Legend of Zelda : Breath of the Wild, Harry Potter 2 sur Game Boy Color (si !), Super Meat Boy, Mario Kart 8 Deluxe, etc.

4/ Quelle est ta console préférée ?

Si vous m’avez entendu parler de jeu vidéo depuis mars 2017, vous pouvez facilement deviner qu’il s’agit de la Nintendo Switch : le format hybride est idéal (même si l’OS de la console a été fait à la va-vite et omet, aujourd’hui encore, des fonctionnalités cruciales) et la librairie de jeux est déjà très satisfaisante (bien que coûteuse).

Avant la Switch, c’était probablement la GameCube. Pas tant pour les jeux (même si Super Smash Bros. Melee et F-Zero GX sont des merveilles) que pour la console en tant que hardware : compacte, solide, proposant des manettes confortables. La couleur du modèle standard était un violet très seyant. Que demande le peuple ?

la console préférée de yann rieder

5/ Tu partage cette passion régulièrement dans les podcasts que tu produis, et animes, pour RadioKawa. Du coup est-ce que tu peux expliquer comment t’es venu l’idée de créer RadioKawa ?

Je fais du podcast depuis 2007. À l’époque, ça s’appelait Radio01. Ensuite, on a lancé RadioKawa en parralèle pour parler d’autre chose que du jeu vidéo. Ca faisait deux sites. Après, on a renommé Radio01 en RadioJV pour que ce soit plus clair. Et un an plus tard, à la suite de la disparition de notre plus grand partenaire, on a fusionné RadioJV et RadioKawa en une entité, RadioKawa.

C’est donc difficile de définir un « point de création » de RadioKawa.

À la base, j’ai commencé à faire des podcasts avec des camarades de classe parce que je n’avais rien d’autre à faire. J’étais inspiré par SynopsLive (la webradio partenaire dont la mort a provoqué la fusion de RJV et RK), par ZoC Radio (la webradio/podcast affilié(e) au créateur du Donjon de Naheulbeuk… mais qui parlait de tout sauf de ça) et par Panique au Mangin Palace, une merveilleuse émission de Philippe Collin sur France Inter.

J’ai fait du podcast, j’ai rencontré des gens. Avec le temps, les camarades de classes sont partis, et des nouvelles voies sont venues, avec des nouveaux projets. On a grandi. On est devenu, graduellement, ce que RadioKawa est aujourd’hui : probablement le plus grand collectif de producteurs indépendants de podcasts francophones.

Toutes nos émissions sont inédites, ce sont des émissions RadioKawa. Elles bénéficient d’une liberté de ton et d’une indépendance éditoriale que je juge désirable : tous les projets ne gagnent pas à être rentables ou « tous publics ». Avec Les Tauliers, on est des indésirables de la pub : je doute qu’une agence veuille envoyer un de ses clients pris en sandwich entre deux vannes salées comme l’équipe (et les auditeurs) en ont le secret. Avec Ludographie Comparée, c’est pareil, mais pour d’autres raisons : qui voudrait balancer un spot Leroy-Merlin à la fin d’un monologue de 40 minutes sur le score dans le premier Megaman ?

Y’a aucune honte à monétiser son travail, y compris un podcast. Je le fais chez Gamekult avec le paywall Premium. Je le fais dans la presse locale avec la publicité imprimée à côté de mes articles. Mais il n’y a également aucune honte à vouloir se concentrer sur sa production, plutôt qu’à se casser la tête pour se conformer aux désirs des auditeurs, des annonceurs, ou aux directives d’un directeur de la publication.

Et c’est aussi pour ça qu’on a un Patreon.

6/ En tant que Monsieur Loyal des Tauliers, comment se passe la cohabitation avec Fox, Jay, Caf et AlexLeServeur ?

Très bien ! L’émission existe depuis 2011 (putain, sept ans) et Caf nous a rejoint en cours de route, aux alentours de 2013. C’est l’émission de RadioKawa la plus ancienne, la plus écoutée… et pour autant la moins préparée et produite.

À mon avis, Les Tauliers fonctionne justement parce que RadioKawa (et, depuis quelques années, d’autres networks) proposent d’autres podcasts jeux vidéo : l’émission brise le moule une fois par mois, parle mal, grince, se moque de ses propres angles et de ses propres auditeurs.

C’est l’émission pour laquelle on a le plus de chances de choisir un marronnier en sujet d’épisode, pour ensuite tourner en ridicule le fait qu’il s’agit d’un marronnier, que certaines questions (et certaines réponses) sont convenues.

Le dosage de l’émission est parfait, et je n’en changerais pour rien au monde. On parle jeu vidéo une fois par mois tous ensemble : ça nous laisse le temps d’accumuler de la frustration nécessaire pour gueuler, et d’avoir de nouvelles choses à discuter tous ensemble.

7/ Tu dis que  l’émission « Les Tauliers » se moque de ses auditeurs, mais étant moi-même l’un d’eux, je dirais surtout que vous ne prenez pas vos auditeurs pour des idiots. Est-ce que tu as conscience du fait que vous êtes l’un des rares podcast à avoir cette honnêteté ?

 Le ton adopté pendant Les Tauliers brise le quatrième mur, c’est vrai. Cependant, je ne pense pas que les conventions radiophoniques (ou podcastiques) soient un mal, ou qu’elles prennent les auditeurs pour les idiots.

Je pense – surtout dans un média du « je » comme peut l’être le podcast – qu’il faut constamment se garder de prendre son expérience personnelle pour une vérité universelle. À mon avis, c’est là qu’une émission peut prendre son auditoire pour un idiot : en imprimant sa perspective comme une vérité ultime (ce qu’on fait parfois, avec humour, dans Les Tauliers).

On ne prend également que rarement le temps, dans l’émission, d’expliquer le jargon du jeu vidéo pour les gens qui ne le connaîtraient pas – des précisions que j’aurais tendance à faire dans d’autres émissions. La raison est simple : Les Tauliers est une conversation qui se trouve être appréciée par des auditeurs, tandis que (par exemple) La Cartouche est une émission pensée pour être intéressante et accessible auprès de ses auditrices et auditeurs.

8/ Comment tu vois l’avenir de RadioKawa ?

 Indépendant et expérimental, comme au premier jour.

Dans ma vie, une page va se tourner : je terminerai mes études cet été (moins de temps libre), et je devrai me chercher un emploi (moins de temps pour des activités bénévoles).

Cela signifie que, même si je conserverai mes fonctions pour filer un coup de main en cas de besoin urgentissime, j’aurai bientôt moins le temps de m’investir au quotidien dans la gestion de RadioKawa.

Évidemment, Franck (Fox des Tauliers) prendra plus d’importance dans la gestion quotidienne de RadioKawa, mais ce ne sera pas le seul ! Il ne faut pas qu’il soit autant chargé que ce que j’ai pu être, ce serait purement invivable. Il sera donc solidement entouré d’une nouvelle équipe de direction, qu’on est en train de composer, pour assumer de belles responsabilités au sein de Kawa.

RadioKawa, dès la rentrée de 2018-2019, ce sera la vision de la direction nouvellement installée, en répondant aux besoins et en collectant les idées des différentes équipes.

Un mot pour rassurer tout le monde : je ne lâche pas mes podcasts. Le moment est venu de choisir entre faire de l’administratif et être devant le micro, et après tant d’années passées à gérer au quotidien, l’appel du micro l’emporte sans hésitation.

 

9/ Pour celles et ceux qui voudraient faire des podcasts pour RadioKawa, comment faut-il procéder ?

 Envoyez un mail à contact@radiokawa.com, si possible avec un épisode 0 (un pilote) à écouter pour juger sur pièce !

 

10/ Si je te demandais de sortir ta boule de cristal pour entrevoir l’avenir du jeu vidéo, quelles visions aurais-tu ?

 Avec l’abandon du marché par Sony après la Vita, je pense que la catégorie « consoles portables » risque de devenir, en tant que catégorie, une idée du passé. Quand toute une catégorie de produits ne peut être résumée qu’à une seule marque, définir une catégorie à part entière devient presque redondant. Entre Nintendo et le mobile, il n’y a probablement plus de place.

Paradoxalement, c’est dans ce champ qu’il devrait y avoir le plus de progrès technologiques. Vivement l’équivalent d’une PS4 dans ton sac.

 

11/  Si je te dis que les questions de cette interview sont écrites sur un iPad Pro 12,9 pouces qu’est-ce que ça t’inspire ?

 Que je suis jaloux de toi si tu arrives à entièrement bosser avec cet iPad, que tu peux définitivement te passer de toute autre forme d’ordinateur. J’aimerais bien pouvoir faire ça, mais hélas, c’est trop compliqué et inefficace pour correctement produire des podcasts et les publier.

 

12/ A part la tech et les jeux vidéo, quelles sont tes autres passions geek ?

 Un paquet de séries. Je ne vous en conseillerai qu’une seule car on en parle (à mon goût) pas assez : Le Prisonnier (The Prisoner) de Patrick McGoohan, qui résonne toujours plus fort comme une allégorie de notre siècle. Ça date de 1967, mais c’est pas plan-plan pour un sou. Même la VF est excellente, c’est vous dire !

Le prisonnier, la série préférée de yann rieder
Patrick McGoohan dans Le Prisonnier.

13/ Tu n’es peut-être pas sans savoir que nous avons lancés notre propre podcast, le ModCast, du coup est-ce que tu aurais des conseils à nous donner ?

 Et pourtant ! Je n’ai hélas pas le temps de “jauger” des podcasts autres que ceux qui sont proposés à RadioKawa… donc je ne prends pas souvent le temps d’écouter des podcasts en français. Ça donne l’impression d’être “en mode boulot”, en gros !

Donc, mes conseils seront généraux : faites-vous plaisir, réfléchissez à des pistes d’améliorations, à ce qui vous manque pour atteindre votre idéal, votre modèle, votre muse. Ça peut être du matos son, ça peut être un conducteur plus strict (ou au contraire, plus freestyle), etc.

14/ Pour finir, petite série de questions avec des réponses du tac-au-tac : pour jouer tu es plutôt consoles ou PC ?

 Consoles.

 

15/ Quel est ton album de musique préféré ?

 Il y a toujours une place dans mon cœur pour Showroom of Compassion de CAKE.

Et pour Abbey Road des Beatles, mais c’est tellement connu…

 

16/ Ton film préféré ?

Je suis vraiment pas calé ciné. Je vais faire mon poseur et répondre Dr. Strangelove or: How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb, de Kubrick.

Non seulement le propos est chouette, mais la cinématographie est folle. ET C’EST UN FILM DE 1964.

 

17/ Plutôt Steven Seagal ou JCVD ?

 Ni l’un, ni l’autre.

 

18/ Un dernier petit mot pour les lecteurs de notre site ?

 Le podcast a commencé relativement récemment (il y a 15 ans grand maximum), sans écoles, sans experts, sans modèles économiques. Bonne nouvelle : les darons du podcast d’aujourd’hui ne sont partis de rien.

Si vous vous accrochez, que vous y mettez l’effort, et que vous avez la part de chance toujours obligatoire pour pouvoir percer… Y’a moyen d’aller loin !

Laurent

Musicien, passionné de jeux vidéo et de cinéma fantastique.

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