Geekeries & Movies #2 : Geeks & Zombies, une longue histoire d’amour

Pour le premier article de la série « Geekeries & Movies » que je vous ai présentée ici, on va commencer par aborder le thème plus ou moins glamour de la zombification et autres soucis de santé. Le zombie est une figure solidement ancrée dans la culture tant littéraire qu’audiovisuelle et vidéoludique et, globalement, dans la culture geek. Mais en vérité, c’est un personnage qui trouve ses racines totalement ailleurs.

LES ZOMBIES EXISTENT !

I walked with a zombie, 1943
I walked with a zombie, 1943. Contrairement à ce que veut la tradition, le zombie fonctionne ici en pleine journée.

Le zombie originel vient d’Haïti. Sur le principe, il s’agit d’un individu mort, puis ranimé par un prêtre vaudou avant que son âme trouve le repos. Ce peut aussi être quelqu’un qui a été inhumé sans suivre les rituels de purification et qui est ramené à la vie. Dans tous les cas, l’objectif du zombie est unique et clairement défini : servir le maître qui l’a fait revenir. On peut l’apercevoir en train de travailler la nuit dans les champs de canne à sucre, mais jamais de jour, un peu comme nos vampires occidentaux. Par ailleurs, pour maintenir un individu en état de zombification, on évitera de lui donner certains aliments et boissons. Il doit éviter de manger trop salé ou boire de l’alcool. C’est mauvais pour la santé, puis ça pourrait le ramener en état d’éveil.

POISON ET PATHOLOGIE

Le fugu.
Le fugu.

 Alors d’où vient le concept du zombie comme une personne touchée par une épidémie qu’on voit dans tant de films ? Eh bien, certains chercheurs (et je parle de recherches sérieuses, menées par des ethnobotanistes ou encore des professeurs de médecine légale) ont émis des hypothèses sur des substances neurotropes qui amèneraient un individu en bonne santé à l’état de pantin sans volonté. Il s’agit notamment de la toxine contenue dans certains organismes aquatiques comme le fameux fugu, poisson interdit dans la plupart des pays dû aux dangers liés à sa mauvaise préparation. Du poison à la maladie, il n’y a qu’un pas. De là, facile d’extrapoler vers l’épidémie… voire l’arme biologique, comme dans Resident Evil.

LE ZOMBIE MENTAL

L’état de zombie peut aussi être social ou mental, pour ne pas dire psychiatrique. Je vais faire l’impasse sur la figure du zombie-esclave importé de la traite des noirs. Des thèses entières y ont été consacrées. Impossible de résumer en quelques mots la complexité des influences africaines sur le vaudou et la conséquence de l’esclavage sur l’apparition de la figure de l’être dénué de volonté, quasi mort, ancrée dans l’imaginaire collectif. Elle est d’ailleurs si ancrée dans la culture haïtienne qu’elle en est devenue presque omniprésente…On parle par exemple de chèques zombis pour désigner les chèques en bois.

Pour clore la partie sur l’origine du zombie, sachez que des cas relevant de la psychiatrie ont été répertoriés dès la fin de 18e siècle : des gens qui se croient déjà morts, en décomposition, au point que ça puisse mener à leur décès. Et même si le zombie est surtout haïtien, l’Europe a elle aussi connu le mort-vivant. Né après les épidémies ravageuses, les guerres et autres petits plaisirs médiévaux, elle reflète une prise de conscience et une réflexion sur la mort. Mais des cadavres qui sortent de leurs tombes… ça nous dit à tous quelque chose.

Dans macabre médiévale
Danse macabre, fragment de fresque à l’église Saint Nicolas à Tallinn, Estonie

L’ENTRÉE DU ZOMBIE DANS LA CULTURE POPULAIRE OCCIDENTALE

Affiche de "White Zombie"On peut probablement considérer que le zombie type « mort-vivant » a fait irruption dans la culture occidentale avec le film White Zombie (titre français : Les Morts-Vivants). La phrase d’accroche parle d’elle-même, mais montre aussi l’ancrage de l’œuvre dans la vision haïtienne de la créature : « Elle n’était ni vivante, ni morte, mais une zombie blanche (« une morte-vivante » si l’on reprend la traduction française du titre). Deux jeunes fiancés, Neil et Madeleine, voyagent à Haïti où ils croisent la route d’un homme qui convoite la future mariée. Pour obtenir ses faveurs, il a recours aux services d’un chaman qui lui affirme que son seul espoir est la zombification de la belle. Le chaman a de la pratique, il a déjà zombifié pas mal de ses adversaires qui travaillent maintenant sur son champ de canne à sucre. Après moult péripéties et rebondissements, à la fin, le prêtre meurt et Madeleine est libérée de son emprise : sa zombification est réversible. Les autres zombies, désorientés, se jettent d’une falaise. On s’en fout, ce n’étaient que des figurants, mais ce n’est quand même pas juste.

LE ZOMBIE MODERNE

Premier volume de The Walking DeadDepuis les années 1930, le joyeux mort-vivant en décomposition plus ou moins avancée a fait une belle carrière dans l’industrie cinématographique. Il s’est ensuite transposé sur chaque nouveau support de divertissement, de la bande-dessinée au jeu vidéo en passant par les séries. Pour la bande dessinée, la véritable révélation a été The Walking Dead, scénarisée par  Robert Kirkman et dessinée par Tony Moore puis Charlie Adlard. La parution du premier volume date de 2003 aux Etats-Unis. C’est avec la série du même nom que sa cote a explosé auprès de ceux que nous appellerons le « grand public », à savoir les non-lecteurs de bande dessinées, les non-amoureux de jeux vidéo et les non-amateurs de films de série B. Non pas que les films de zombie à gros budget aient toujours été brillants…

House of the Dead, un monument du jeu de zombie
House of the Dead premier du nom, un autre monument du jeu de zombies paru à l’origine sur bornes d’arcade et réadapté sur Wii

Pour le jeu vidéo, les exemples sont presque innombrables. Evil Dead (1984) est considéré comme le premier véritable jeu de zombies. Ça fera bientôt 35 ans que le jeu vidéo connaît les zombies de premier plan, donc. Zombi (1986) est le premier titre d’Ubi Soft, notre géant français du jeu vidéo. Inspiré des films de Romero, il met en scène quatre jeunes coincés dans un supermarché au cours d’une invasion zombie… De quoi en mettre un coup à l’« originalité » de Dead Rising, mais aussi souligner les liens qui existent entre cinéma et jeu vidéo. La figure du mort qui sort de sa tombe pour s’en prendre au joueur est présente dans un très grand nombre de jeux, même s’il n’y occupe pas toujours une place prédominante. Vous vous souvenez des draugr de Skyrim ? Ce sont des morts sortis de leur tombe tirés tout droit des mythologies islandaises. Mais on les retrouve aussi dans les bestiaires de Diablo III (squelettes et zombies), ou encore Read Dead Redemption: Undead Nightmare, ou dans le mode zombie de Call of Duty, et même dans le premier Mass Effect lorsque les colons de Feros sont possédés par le Thorien.

GEEKERIES & ZOMBIES, UNE LONGUE HISTOIRE D’AMOUR

Resident Evil Degeneration80 ans dans le cinéma, 35 ans dans le jeu vidéo et 15 ans dans les séries. Une chose est sûre, c’est que la culture geek est profondément et durablement marquée par le personnage du zombie. Les causes et les conséquences de la zombification sur ces supports sont somme toute assez variées. On a le labo badass de Resident Evil qui développe secrètement des armes biochimiques : un jeu qui s’inscrit parfaitement dans les peurs et considérations du moment… On a le « zombie psychiatrique » d’Evil Within, parce que si on considère que le zombie est un être dépravé de sa volonté, on ne fait pas plus zombie que les créatures de Ravik. On a le zombie glamour de Dead Island, riche, mort et en bikini. Et le zombie charcuterie de Dead Rising.

A ce propos, un film a été réalisé sous le même titre. La qualité est plus que douteuse, j’ai dû donner de ma personne pour le voir dans le cadre des recherches pour cet article. Ça semble d’ailleurs être souvent le cas pour les adaptations des jeux de zombie au cinéma, je pense à la série Resident Evil que les critiques ont accueillie de façon pour le moins mitigée. Je ne parle pas ici des deux longs-métrages d’animation, Resident Evil : Degeneration et Retribution qui n’ont rien à voir avec Alice au pays des zombies : ceux-là, ils valent le détour. Parce qu’il arrive quand même de tomber sur de très bons produits, tant dans le cinéma que dans le jeu vidéo. Personnellement, je dirais que ma révélation zombiesque a été il y a 15 ans avec 28 jours plus tard, alors que j’étais encore une ado innocente. Si on n’a rien contre le kitch et le second degré, on a aussi la série des Evil Dead qui ont inspiré par mal de jeux, ou encore Shawn of the Dead. Et les bons jeux de zombie, il y en a à gavasse… Même si les schémas restent souvent les mêmes, on s’amuse toujours à se faire peur.

Bref, le zombie a une place au chaud dans nos cœurs et sur nos écrans. Même les scientifiques se prennent au jeu. Une étude on ne peut plus sérieuse menée à l’université de Leicester a établi qu’en cas d’épidémie de zombies, l’humanité ne survivrait qu’une centaine de jours. Il paraît même que le Pentagone a un plan d’action en cas d’invasion de morts-vivants. Vrai ou pas ? On va se l’avouer : en tant que geeks, on a tous déjà prévu ce qu’on fera le jour ou l’apocalypse zombie arrivera.

Anna

Je rédige des trucs, je traduis des machins, et surtout, je geek, je geek, je geek!

Une pensée sur “Geekeries & Movies #2 : Geeks & Zombies, une longue histoire d’amour

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.